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Le discours fort de Monique Rubin lors du Congrès de la FNSCMF (Marchés de France)

Article rédigé par La Rédaction

Tous les syndicats de la Fédération Nationale des Marchés de France, réunis en congrès les 2, 3 et 4 mars 2020 dans le cadre de leurs 99e Assises en Avignon ont déploré une fois de plus, l’absence à leurs travaux de leur ministre de tutelle.

Présence d’autant plus attendue, qu’après avoir subi l’impact négatif des multiples mouvements sociaux qui perdurent depuis plus de 2 ans, aujourd’hui, la profession se voit confrontée à une nouvelle discrimination en raison de l’épidémie du Covid 19 à travers des fermetures de marché alors que la grande distribution n’est pas contrainte dans ses ouvertures.

Conscients du danger que représente cette épidémie pour la population, les professionnels dénoncent néanmoins cette inégalité de traitement qu’ils estiment totalement injustifiée.

Discours d’ouverture de la présidente de la FNSCMF en ouverture du 99e congrès de la Fédération Nationale des Marchés de France à Avignon

…La liste des personnalités présentes est un exercice toujours un peu rébarbatif pour celle qui l’égrène, comme pour ceux qui l’écoutent, mais, en respect des personnes qui nous font l’honneur de leur présence, c’est avec plaisir que nous y contribuons !

En opposition, un très court alinéa brille par sa constance d’année en année et de congrès en congrès. C’est celui de l’absence du représentant du ministère de l’économie et des finances !

Madame PANIER RUNACHER, secrétaire d’état, avait répondu de façon positive à l’invitation que nous lui avions adressée, donc aucune raison de s’inquiéter ! Mais voilà, coup de théâtre, la semaine dernière, nous avons reçu un mail des services de BERCY, nous informant que, retenue dans le cadre de mission exigeant un voyage à l’étranger, Madame PANIER RUNACHER regrettait de ne pas être parmi nous ce lundi !

Alors que nous venons de traverser, comme tous nos concitoyens, des situations traumatisantes et affligeantes, nous étions dans l’attente, au travers de cette visite, d’un fort engagement de l’état pour redonner un peu d’espoir à nos chefs d’entreprises !

Au lieu de cela, quelle déception !

A croire que cet important forum pour la profession n’irradie pas suffisamment de notoriété en haut lieu ? Nous n’accepterons pas un tel mépris et prendrons ensemble les décisions qui s’imposent !

Après cette réaction épidermique, revenons à des sentiments apaisés !

Très cher Dominique, merci de nous accueillir ici ,au sein de cette magnifique plaine du Comtat, surnommée le « jardin de la France », un jardin qui sert d’écrin à AVIGNON, étincelante cité, composée d’un pont et d’une célèbre ritournelle, d’un vaste palais, d’imposantes murailles et de la mémoire d’un homme de théâtre assortie d’un festival mondialement connu !

Appartenir à l’Histoire, c’est avoir la sensation d’avoir contribué à l’histoire .C’est pourquoi, aujourd’hui, lors de ce forum, nous pouvons affirmer avec fierté que le commerce ambulant est lié à l’histoire d’AVIGNON. Dès la construction de sa halle en 1562 jusqu’au début du XIXème siècle, sur la place Pie, le marché des produits alimentaires est tellement florissant qu’il devient quotidien.

Par conséquence, en 1895, il faut envisager de reconstruire et agrandir les halles centrales ! Malgré de multiples oppositions, le projet est définitivement voté grâce à un décret de Félix Faure, président de la République, qui le déclara d’utilité publique !!!Comme quoi, à cette époque, même le président de la république s’engageait dans l’intérêt du commerce ambulant !

Plus proche de nous, en 2005, émerge un nouveau dessein de réhabilitation du cœur d’AVIGNON. L’objectif de ce chantier : moderniser les halles, les rendre plus accessibles par les consommateurs et donner ainsi de nouvelles espérances au commerce du centre-ville…

Car, depuis les années 2000, en AVIGNON comme partout en France, les petits commerces ferment, laminés par le développement exponentiel des grandes enseignes en périphérie !

Aujourd’hui, nous sommes réalistes et constatons que l’envahissement des centres ville par la grande distribution bénéficie d’une attention dévastatrice pour notre secteur d’activité entrainant l’asséchement radical du commerce indépendant !

Après notre Région Auvergne-Rhone-Alpes et le Puy-en-Velay l'an passé, le 99e Congrès national des Marchés de France se…

Publiée par Lionel Saugues sur Lundi 2 mars 2020

Arrêtons de nous faire des nœuds dans la tête !

Pendant que le monde politique s’agite, des rapports alarmistes se succèdent et restent sans suite… Rien n’y fait: L’État dit ne pas pouvoir empêcher la liberté de commercer, donc rien n’est formalisé pour empêcher le développement à outrance de ces zones d’autant que, avec 30,5% de progression le dimanche, les hypermarchés sont au premier rang des évolutions observées en 2019 !

Et ce ne sont pas les cinq milliards d’euros récemment débloqués par le gouvernement qui sauveront des villes qui se détricotent si aucune condition préalable à ses subventions n’a été mise, comme par exemple un moratoire sur les zones commerciales !

La loi Elan, votée l’automne dernier, devait permettre de mieux coordonner les nouvelles implantations commerciales sur un territoire. Le préfet a notamment la possibilité de suspendre pour une durée de trois ans la construction de nouveaux équipements qui nuiraient aux centres villes.

Pourquoi alors, sur les 222 communes du plan « Action cœur de ville », 67 – soit près d’une sur trois, ont autorisé depuis l’an dernier des créations ou des extensions de grandes surfaces !

Plus grave encore, la GMS tente inlassablement d’élargir ses horaires et jours d’ouverture, arguant de la concurrence du commerce en ligne .Elle robotise son fonctionnement interne à outrance, car le but est de vendre plus avec moins d’employés !

C’est une atteinte à l’équilibre des commerces et des marchés qui eux, voient leur périmètre et leurs plages horaires se réduire à peau de chagrin! Pour faire valoir leurs revendications, les lobbyistes du secteur ne manquent pas d’idées, juste un exemple : ils prônent d’autoriser l’ouverture des enseignes situées aux alentours d’un marché dominical !

Est-ce le modèle de société que nous souhaitons collectivement ?

À l’heure où nous aspirons tous à une meilleure qualité de vie, le gouvernement souhaite-t-il aller dans le sens contraire ?

Cette conception de la vie est une véritable menace pour la sphère familiale, amicale, culturelle, spirituelle ou associative .

Et si toutes ces ouvertures venaient à accentuer ce phénomène, que deviendrait les réunions familiales, le week-end entre amis, les fêtes populaires, les marchés, les foires, les brocantes ?

Il faut arrêter l’hypocrisie !

Qui peut espérer convaincre le gouvernement de mettre un coup d’arrêt à une situation qui fait beaucoup de mal à l’agriculture, à l’artisanat, aux commerces indépendants, aux PME et TPE ou encore aux villes moyennes et bourgs ruraux ?

Vous, Mesdames et Messieurs les élus !

A l’heure où se trame sournoisement un projet de loi en faveur de ces ouvertures qui prendrait forme après les élections municipales, les commerçants des marchés de FRANCE exigeront votre engagement pour refuser impérativement toute nouvelle initiative à ce sujet !

Il serait beaucoup plus judicieux de travailler à la recherche de solutions constructives comme l’élaboration de parking périphériques sécurisés et servis par des navettes ; car comment peut-on envisager de dynamiser les cœurs de ville en empêchant les consommateurs d’y accéder et de stationner ?

Proposer la gratuité des parkings les samedis et dimanches pour que l’on puisse s’approprier nos centres villes et faire découvrir leurs richesses patrimoniales, créer des animations constantes pour attirer les clients vers les marchés et les boutiques, leur proposer un peu de rêve plutôt que de les prendre pour des « cochons de payeurs» !

Attention !, nous ne sommes pas des animateurs de rues mais des chefs d’entreprises à part entière, avec le domaine public comme outil de travail ! C’est pourquoi nous déplorons la multiplication des ventes aux déballages privées ou publiques, des vides greniers, des marchés thématiques, des sauvettes, qui rentrent en concurrence directe avec nos marchés traditionnels et qui échappent au poids des charges auxquelles nous sommes soumis.

Face à l’apparition d’une économie collaborative de plus en plus prégnante, et à cette intensification du commerce interlope, comment l’état peut-il stopper ces processus toujours plus pénalisant pour nos professionnels, pour nos systèmes sociaux et pour toute la dynamique commerciale ?

Nous participons à l’équilibre d’une économie moderne avec des traditions reçues d’un héritage du passé ; Le respect des us et coutumes, tant dans nos règlements de marchés que dans nos comportements individuels et collectifs, les emplacements que nous occupons depuis des décennies, le programme de formation et d’information des gestionnaires des marchés et les commerçants, les solutions dont nous disposons pour envisager un relooking total de nos marchés nécessitent impérativement un soutien indéfectible de l’ensemble des institutions, collectivités locales et chambres consulaires ;

Depuis des mois, la France subit une crise qui nous étouffe complètement, réduisant à néant le moral des ménages et de ce fait, mettant toutes les activités commerciales en péril !

Partout, le danger de vivre dans un monde désenchanté s’est accru, mais nous n’osons pas imaginer, Mesdames, Messieurs, l’émergence d’un mode de vie où l’ostracisme favoriserait le renoncement et l’impuissance !

Nous ne sommes pas dans un paquebot encalminé au milieu de sa traversée, nous n’aspirons qu’à aller de l’avant !

Alors, développons le dialogue, les contacts, continuons à débattre, échanger, coopérer… pour innover et développer l’intelligence collective au sein des territoires de notre belle France !

Aujourd’hui, beaucoup d’avancées ont été introduites par le législateur et les collectivités territoriales, particulièrement au travers de la loi PACTE, pour autant des difficultés dirimantes pèsent encore sur notre mode d’activité car nous nous sentons oubliés !

Le marché doit être intégré comme un pôle structurant, participant à l’attractivité du centre-ville. Les conditions d’occupation du domaine public doivent être transparentes, inscrites dans un règlement de marchés, issues d’une collaboration étroite avec les organisations professionnelles, les droits de place doivent permettre d’exercer nos activités dans de bonnes conditions, toute hausse devant être justifiée et calquée sur le taux d’inflation en vigueur et toutes les taxes additionnelles diverses et variées, toujours infondées, doivent être purement et simplement supprimées !

Les marchés doivent également répondre aux attentes des consommateurs en matière de transition écologique ! Consommation d’énergie, gestion des déchets, diminution des emballages, mise en place de produits éco-responsables… les commerçants ont déjà intégré le développement durable dans leur quotidien.

En 2019, 23 collectivités, se sont engagées dans la démarche de limiter la circulation aux véhicules les plus polluants, selon des critères de leur choix. Nous sommes pour un air plus respirable mais à condition de bénéficier d’un soutien financier fort de la puissance publique !

Nous avons besoin d’un accompagnement spécifique et adapté aux besoins de chacun ! Les primes à la casse sont insuffisantes face aux coûts de nos outils de travail, notamment pour les obligations d’équipements frigorifiques. Une exonération totale de la TVA sur les véhicules utilitaires neufs ou Crit’Air 5 est indispensable !

Par des actions concrètes, les commerçants peuvent, réduire, trier et valoriser les déchets .

Chaque commune ou EPCI organise à sa guise la collecte et le traitement des déchets des marchés, disposition inscrite dans leur règlement respectif. Or, nos professionnels non sédentaires sont désorientés face à des dispositions complètement divergentes suivant les communes, facturées à des coûts totalement différents.

Mesdames Messieurs les élus,

Ce sujet est inscrit à l’ordre du jour de nos travaux demain car il est absolument prioritaire. Pour qu’émergent des solutions concrètes, nous sollicitons :

Une lecture claire et transparente des coûts spécifiques liés à la collecte et gestion des déchets des marchés par les Communes ou les Concessionnaires

Des directives nationales traitant des déchets des marchés associant le respect de l’environnement, le recyclage, la valorisation, compatibles avec nos activités et les règlements sanitaires

La valorisation, le traitement et la récupération des emballages vides par nos fournisseurs !

Les commerces de proximité sont les meilleurs garants d’un service de qualité pour leurs consommateurs, ainsi que du maintien d’une vie de quartier et de la dynamisation de l’économie ultra-locale. De la qualité de vie pour tous !

Effectuer ses courses auprès des commerçants des marchés, c’est choisir l’authenticité, le savoir-faire et l’humain.

L’ambition immense de la fédération des marchés de France n’est pas moins que cela. Notre impatience d’une société plus

juste, d’un rapport au monde plus sain, d’une parole mieux partagée, est notre plus haut désir politique. De tout temps, les commerçants des marchés de France ont franchi les pires difficultés, ont relevé tous les défis en gardant la tête haute !

Notre organisation professionnelle a pour règle « construire pour avancer », elle a toujours privilégié le dialogue avec le politique !

Nous ne sommes ni des violents ni des assistés, seulement des chefs d’entreprises fiers de leurs métiers, nous voulons tout simplement pouvoir en vivre décemment !

Or, aujourd’hui, ce n’est plus le cas !

Nous ne voulons pas venir grossir les chiffres alarmants des défaillances d’entreprises en 2019 car ce sont bien les TPE les plus fragiles qui paient un lourd tribut aux mouvements sociaux incessants depuis deux ans, et qui risquent de se retrouver à nouveau paralysées, face au coronavirus, fléau qui s’abat sur le monde !

Certes, en France, l’épidémie de la peur n’a pas encore bouleversé nos interactions sociales, qu’il s’agisse d’amis, de la famille ou de collègues.

Sur le plan affectif comme émotionnel, en situation de crise, le premier besoin est le partage et la recherche de lien, mais on a besoin d’avoir des informations précises pour les diffuser au mieux!

Pour le moment, les autorités appellent elles aussi à ne pas céder à la panique mais dès vendredi dernier, le gouvernement s’est réuni en cellule de crise pour prendre des mesures exceptionnelles auxquelles nous ferons face, à condition que le principe d’égalité pour tous soit respecté !

Comme monsieur le maire de CREIL, nous nous insurgeons contre l’arrêté préfectoral annonçant la fermeture des marchés mais laissant ouverte toute la grande distribution !

Madame Agnès Pannier-Runacher, dans son édito publié sur la plaquette dédiée au congrès d’AVIGNON, nous propose, pour pallier aux difficultés que nous rencontrons, de remplir des fiches de liaisons avec l’administration !

Nous n’avons que faire de ce processus, Madame la ministre, et puisque vous nous le suggérez, c’est à votre porte que nous frapperons, dès la fermeture de nos assises afin que vous vous engagiez pour nous aider à garder cette valeur travail que nous cultivons depuis des siècles, ce véritable art de vivre que représentent les marchés de France !

Merci de votre attention

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